Old Old Words

drops from an archaeological ocean — to be reworked

Month: April, 2008

écrire

écrire, le thème permanent.

Il y a aussi des questions d’hésitation. Du désir d’achat – forme matérielle du désir de “savoir plus”. Je ne sais même pas si c’est un désir, réellement. Ou, aussi, d’où ce désir peut bien provenir?

Le manque sans cesse?

De même, d’où peut bien provenir le désir d’écrire? Une définition de la personnalité? Une blessure ancienne? etc…

Les formes me semblent artificielles. Les formes littéraires, par exemple. C’est parce que je vois trop souvent ces pages avec un oeil froid. Sans plaisir. Il faudrait une rapture, durant le moment de lecture. Une rapture, une intensité de sentiment adolescente, extatique. ça serait alors le fondement du désir de la forme.
La forme aussi comme code social, évidemment, comme appartenance à une tradition.

Alors que ce que je fais à longueur de journée, – il est vrai, un peu moins ces derniers temps – , c’est une forme d’écriture sans forme… Informelle. 🙂

Et dont le contenu, pourrait-on dire, est fort limité. Quelques ruminations, quelques lambeaux d’un univers destiné à rester à l’intérieur de moi… La limite des mots. L’impossibilité de créer vraiment quelque chose. Ou de prendre le monde et de le mettre à l’intérieur d’eux. Illusion évidemment. Les mots créent leur monde.

Mon monde de mot est peu. est peu. A peu d’existence. C’est tout fragile, branlant, hésitant. Une démarche un peu boiteuse, la démarche du loser contemporain.

Celle de celui qui n’a pas réussi dans cette période cruciale de la fin de l’adolescence. Celle de celui qui, sans même sans rendre vraiment compte sur le moment (le coup classique), est tombé.

Il faut continuer de lire, anyway.
Faire des pauses d’écriture. Inutiles, mis à part pour la quantité…

Quantity is King.

Une fois l’amoncellement gros, cela peut compenser un peu pour le manque de qualité. La taille permet l’élargissement du monde. (taille du texte – monde créé par les mots)
On pourra retracer un parcours, un univers socio-culturel, etc…

Il faut mettre une forme. Non pas mettre. Mais, plus fort!, voir lentement émerger la forme.

Comme la comédie. Sauf que lui, honoré du destin, avait de l’énergie.
Et je reste dans mon coin à faire des petites allusions un peu faciles..

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Michel Delon sur les fous contre-révolutionnaires

Ce mot et cette idée [de perfectibilité, introduit par Germaine de Staël] révulsent ceux qui continuent à croire que, si l’histoire a un sens, c’est celui voulu par la Providence, et que si la Révolution devait avoir lieu, c’est pour restaurer le Trône et l’Autel dans leur pureté originelle et dans leur alliance fondatrice. Ceux qu’on a pu nommer les “prophètes du passé” dénoncent l’évolution historique depuis la Réforme comme un entraînement diabolique qu’ils prétendent inverser dans un retour aux vraies valeurs de la Révélation. Le théoricien et le poète mystique Louis-Claude de Saint-Martin insiste sur le sens palingénésique de la Terreur dans une Lettre à un ami ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la Révolution française (1795). Nourri de rêvies maçonniques et ésotériques, le savoyard Josephe de Maistre expose sa vision de la Révolution comme bain de sang salutaire dans se Considérations sur la France (1796). Le même terme apparaît dans les deux titres, mais lorque Montesquieu composait les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains (1734), c’était en historien, maître des événements d’un passé lointain, comment considérer sans recul, c’est-à-dire embrasser par l’esprit des bouleversements qui se déroulent sous vos yeux, vous contraignent parfois à l’exil? Joseph de Maistre répond à l’urgence par la rectitude du dogme. Son histoire est celle de Bossuet, même si ces métaphores sont celles des Lumières: “Si l’on imagine une montres dont tous les ressorts varieraient continuellement de force, de poids de dimension, de forme et de position, et qui montrerait cependant l’heure invariablement, on se formera quelque idée de l’action des êtres libres relativement aux plans du créateur.”
La même année, Louis de Bonald donne un Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile. Il s’intéresse moins à la marche sanglante de la Providence qu’à la chaîne des causes humaines qui a détraqué la plus belle des machines. Contre Rousseau, Bonald croit au péché originel et à la méchanceté de l’homme naturel, livré à lui-même. Seule la société le civilise, le polit, le parfait, le fait devenir lui-même, selon les plans divins. La Révolution apparaît alors comme une involution, une rechute, un retour au désordre primitif, “contre-sens catastrophique, révolte contre un ordre imprescriptible et oubli ou négation de principes inaliénables” (Gérard Gengembre). Depuis deux siècles, la haine de la laïcité, la pratique de la politique comme un croisade, la conception hiérarchique des êtres et des sociétés reprennent ou réinventent les principes de la Contre-Révolution. Ceux qui font l’économie d’une philosophie de l’histoire cherchent une explication dans le complots qui auraient préparé la prise de la Bastille et l déflagration générale. Des manipulateurs, des sectes auraient juré dans l’ombre la perte de la monarchie et du catholicisme. Dès 1790, le comte Ferrand publie une brochure, Les Conspirateurs démsqués.La thèse devient une somme de cinq volumes, qui transforme le complot en une vaste conspiration aux ramification sinfinies, dans les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme de l’abbé Barruel (1797). Philosophes, francs-maçons, illuminés, tous seraient des jacobins en puissance. Princes et particuliers se retrouvent dans cette secte qui enseigne que tous les hommes sont libres et égaux, qui a déferlé sur l’Europe comme les grandes invasions barbares. “Qu’est-ce que ces hommes sortis, pour ainsi dire, des entrailles de la terre, avec tous leurs projets, tous leurs moyens et toute la résolution de leur férocité?” Pour répondre à sa question initiale, Barruel revient à Voltaire et Frédéric II, cite dans les correspondances, pique des citations dans les Oeuvres complètes des uns et des autres, et compose le roman d’une conjuration universelle.

Michel Delon sur Potocki et Puliska

Bien des thèmes de ces contes se retrouvent dans un roman, salué par Michel Foucault comme une des réussites méconnues du siècle. Pauliska ou la Perversité moderne (1798) se présente comme les Mémoires d’une aristocrate polonaise, veuve, chassée de son château par les envahisseurs russes et livrée à une Europe à feu et à sang. Son fiancé se retrouve prisonnier d’une société de femmes qui ont juré de renoncer aux hommes, observé dans une cage comme une bête. Son jeune fils manque d’être châtré dans une Italie qui adore les castrats. Elle-même tombe entre les mains de savants fous, un maniaque de l’inoculation qui prétend lui inoculer l’amour et un amateur d’expériences électrostatiques qui, peu soucieux de sentiments, préfère lui arracher de l’électricité érotique. Cette perversité moderne dénonce-t-elle les illusions des Lumières et de la Révolution, les impasses du savoir encyclopédique et réformiste? Officier, expert en armement et en stratégie comme Laclos, Révéroni Saint-Cyr a composé une oeuvre abondante, romanesque et dramatique, qui fascine par ses trouvailles énigmatiques. La seule lecture de ses titres ouvre les portes de la rêverie: Sabina d’Herfeld, ou les Dangers de l’imagination. Lettres prussiennes (1797), et à Taméha, reine des îeles Sandwick, morte à Londre en jillet 1824, ou les Revers d’un fashionable (1825). De Pologne et de Prusse au monde musulman et aux îles Sandwich, Révéroni aura fait faire à ses lecteurs le tour du monde.
Cette veine nourrit au tournant du XVIIIe au XIXe siècle, au milieu du déferlement des traductions et des imitation sdu roman gothique anglais et du roman de terreur allemand, un Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, dont la destinée vaut celle du Neveu de Rameau. Des versions tronquées paraissent à Paris en 1813 et 1814. Une version plus cohérente est publiée en polonais en 1847, il faut attendre 1989 pour avoir un texte complet. Une édition critique de divers manuscrits vient de paraître. La complication de cette histoire éditoriale vaut celle du récit qui accumule les parenthèses, les décrochements et les changements de niveau, à l’image des enjeux moraux et intellectuels qui se dérobent sans cesse. Le décor est une Espagne où se croistent les envahisseurs du Nord, soldat de l’armée napoléonienne qui découvre le manuscrit, officier wallon qui raconte l’histoire principale, et les envahisseurs du Sud, principalement les Maures musulmans. Un cabaliste juif rappelle que les trois monothéismes se côtoient et se contaminent dans cet espace. Les métissage sont suspects et omniprésents. Chacunn est étranger, étranger à lui-même et aux autres. Le tremblement des références s’exprime dans les inversions permanentes: les deux belles créatures auprès desquelles le narrateur s’endort se transforment en squelettes de pendus, l’amour devien crime, la fiancée du vice-roi du Mexique se révèle un garçon travesti. Le clergé catholique apparaît grotesque, mais le philosophe qui prétend mettre l’univers en livre se perd dans son projet encyclopédique. Les motifs obsesionnels de la cabale, de la société secrète et du savoir initiatique invitent-ils à chercher un sens caché au texte ou bien cette histoire qui s’achève par l’explosion de la caverne au trésor n’est-elle qu’un jeu de plus en plus complexe? On a déjà rapproché le roman de Potocki de Jacques le fataliste, les récits se ramifient à l’image d’un monde décentré, sans début ni fin et suggèrent un sens final pour mieux rappeler qu’il n’est sans doute de signification que dans la perte des certitudes dogmatiques, dans le déplacement et l’échange. En 1815, le suicide du romancier, dont la patrie a été rayée de la carte européenne et qui n’a cessé de voyager et de s’informer sur les langues et les coutumes des peuples, donne une gravité nouvellee au jeu romanesque sur les valeurs.